Le DIM au cœur de la donnée de santé
Le DIM au cœur de la donnée de santé

Le DIM au cœur de la donnée de santé

Le Département d’Information Médicale (DIM) occupe une position charnière entre le soin, la gouvernance des données, le financement hospitalier, la recherche et l’archivage.  La dématérialisation du dossier patient informatisé (DPI) a considérablement élargi son rôle historique, autrefois centré exclusivement sur le codage PMSI et la production des données médico-économiques.

Et bien non le DIM n’est pas le service qui code uniquement jour et nuit , même si beaucoup de non DIM le pensent encore : C’est un peu comme croire que les américains sont tous à cheval, une clop à la main , devant le burger mac ou comme une vielle femme russe en sarafan, tenant une balalaika en train de nourrir un ours !! … Clichés quand tu nous tiens !

  1. Le DIM : acteur stratégique de la production de données de santé

Traditionnellement, le DIM garantit :

  • la qualité du codage des séjours (PMSI) ;
  • la cohérence des données médicales ;
  • la production des informations nécessaires à la tarification à l’activité (T2A) ;
  • le respect des règles de confidentialité et d’accès aux données.

Avec la dématérialisation, son rôle s’étend à :

  • la gouvernance des données hospitalières ;
  • la qualité des données alimentant le Système National des Données de Santé (SNDS) ;
  • la traçabilité des transformations des données ;
  • l’interopérabilité entre systèmes d’information ;
  • la réutilisation secondaire des données pour la recherche, l’épidémiologie et l’intelligence artificielle.

Le DIM devient ainsi un intermédiaire entre le dossier clinique produit pour le soin et les infrastructures nationales de données.

  1. La question centrale de la traçabilité

La dématérialisation transforme profondément la nature de la preuve médicale.

Dans le dossier papier

La traçabilité repose sur :

  • les signatures manuscrites ;
  • la matérialité des documents ;
  • les classements chronologiques ;
  • les tampons et visas.

Dans le DPI

La traçabilité devient technique :

  • horodatage des actes ;
  • journalisation des accès (logs) ;
  • identification des utilisateurs ;
  • gestion des versions des documents ;
  • conservation des métadonnées.

Le DIM est fortement dépendant de cette traçabilité pour :

  • justifier le codage PMSI ;
  • répondre aux contrôles de l’Assurance maladie ;
  • documenter les recherches ;
  • produire des indicateurs de qualité.

La confiance n’est plus portée par le document lui-même mais par l’infrastructure informatique qui l’entoure.

Hors un DPI n’est pas qu’un « exe » !

  1. Panne prolongée du DPI : un révélateur des fragilités de la dématérialisation

Les incidents récents de cybersécurité dans plusieurs établissements français ont montré que la continuité de l’activité hospitalière reste fortement dépendante du papier.

En cas de panne prolongée :

À court terme

Retour à des procédures dégradées :

  • dossiers papier temporaires ;
  • prescriptions manuscrites ;
  • comptes rendus saisis a posteriori ;
  • ressaisie ultérieure dans le DPI.

Attention ca se prépare !!

Les sauvegardes informatiques sont une chose, la vie des écrits permanents au fil des prises en charge en est une autre …

Je préconise que les établissements de santé s’organisent pour disposer en stock suffisants ( autant de dossiers vierges que de lits dans chaque service) d’un modèle simplifié , mais complet et structuré de dossiers patients papier ( adapté à certains services : urgence, réa, chir, médecine, maternité ) à la mode ANAES ( l’ancêtre de la HAS : Dossier médical , prescription, dossier de soins, feuille de soins…  ) de sorte que le jour venu , tout le monde puisse travailler « à l’ancienne » sur un dossier patient correctement construit ( j’imagine que la structure du dossier papier reste bien connue de votre institution étant donné qu’il a dû servir de cahier des charges au 1er DPI )

L’expérience des établissements cyber attaqués doit servir d’alerte aux autres : 1 à 3 ans avant de retrouver la normal ;  je ne suis pas certain que toute le monde écrivent de manière organisée et structurée demain en cas d’attaque : les feuilles volantes sont le pire ennemi de la qualité du soin

Pour le DIM :

  • perte potentielle d’informations ;
  • retards de codage ;
  • augmentation des erreurs ;
  • difficultés à reconstituer la chronologie des soins.

Sur les recettes hospitalières

Le PMSI dépend de l’exhaustivité documentaire.

Une panne peut entraîner :

  • retard dans la clôture des séjours ;
  • retard de facturation ;
  • sous-codage ;
  • perte de recettes T2A ;
  • difficultés lors des contrôles externes.

On observe alors une tension entre logique clinique et logique financière : l’absence de données numériques devient rapidement un risque budgétaire.

Sur la traçabilité

Après réintégration des données :

  • perte des horodatages initiaux ;
  • difficulté à identifier l’auteur réel d’une information ;
  • reconstitution parfois approximative du parcours de soins.

La panne révèle que la traçabilité numérique est une construction fragile dépendante de nombreux dispositifs techniques.

  1. Changements de DPI : un enjeu souvent sous-estimé

Le remplacement d’un DPI constitue un moment critique.

Risques de migration

  • perte de données historiques ;
  • rupture de certaines chaînes de traçabilité ;
  • disparition de métadonnées ;
  • difficultés de reprise des documents numérisés ;
  • altération des liens entre documents et épisodes de soins.

Pour le DIM :

  • risque de modification des pratiques de codage ;
  • changement des interfaces de saisie ;
  • variations dans la qualité des données produites.

À moyen terme

On constate souvent :

  • une baisse transitoire de qualité des données ;
  • des écarts PMSI ; des recettes TAA
  • une augmentation des sollicitations du DIM ;
  • des difficultés de comparaison des indicateurs avant/après migration.

À long terme

Le problème devient patrimonial :

  • comment conserver des données sur plusieurs décennies ?
  • comment relire un dossier produit dans un logiciel disparu ?
  • comment garantir l’intelligibilité des métadonnées ?

La question n’est plus seulement celle de la conservation mais celle de la lisibilité future.

  1. Conséquences pour les archives hospitalières

La dématérialisation ne signifie pas nécessairement disparition des archives.  Au contraire, elle modifie profondément leur nature.

À court terme

Coexistence :

  • archives papier historiques ;
  • archives hybrides ;
  • archives numériques.

Cette coexistence accroît la complexité documentaire.

À moyen terme

Les services d’archives deviennent :

  • gestionnaires de systèmes d’archivage électronique ;
  • garants de l’intégrité documentaire ;
  • acteurs de la gouvernance des données.

À long terme

Trois défis majeurs apparaissent :

Pérennité technique

  • obsolescence des formats ;
  • obsolescence des logiciels ;
  • dépendance aux éditeurs.

Valeur probatoire

  • maintien de l’authenticité ;
  • conservation des journaux de preuve ;
  • archivage des signatures électroniques.

Réutilisation secondaire

Les archives ne sont plus seulement des traces du soin passé.

Elles deviennent des réservoirs de données pour :

  • la recherche ;
  • les études médico-économiques ;
  • les algorithmes d’IA ;
  • les politiques publiques.

L’archive hospitalière se transforme progressivement en infrastructure de données.

  1. Une piste de réflexion 

Le cas du DIM permet de montrer que la dématérialisation du dossier médical n’est pas simplement une substitution du papier par l’écran.                  Elle correspond à un changement de statut du dossier patient.

Le dossier devient simultanément :

  1. un outil clinique ;
  2. un support de facturation ;
  3. un dispositif de traçabilité ;
  4. une source de données pour la recherche ;
  5. un actif stratégique pour les politiques de santé ;
  6. une ressource pour l’intelligence artificielle.

Dans cette perspective, le DIM apparaît comme un acteur clé de la transformation numérique hospitalière : il ne produit plus seulement une information médico-administrative, mais participe à la construction de la valeur scientifique, économique et politique des données de santé.

Les questions de traçabilité, de continuité en mode dégradé, de migration des DPI et de devenir des archives hospitalières constituent alors des observatoires privilégiés des tensions entre logique de soin, logique de preuve, logique financière et logique de valorisation des données.